Depuis la fin de l’année, des postulants à divers postes électifs au sein des partis politiques, dans les municipalités, à l’Assemblée nationale ou au Sénat se sont plus ou moins ouvertement lancés à la conquête de l’électorat, avant que les calendriers respectifs des échéances électorales prévues cette année soient connus.
Il y a une dizaine de jours, un député (SDF) de la Mifi, officiellement en tournée de compte rendu parlementaire dans sa circonscription électorale, est allé à la rencontre de la notabilité traditionnelle de sa région. En lieu et place de la présentation du bilan de la dernière session de l’Assemblée nationale, l’Honorable a plutôt passé des heures à tenter de convaincre les chefs de quartiers et de villages, à coup de sacs de riz et d’enveloppes, d’adresser une pétition demandant au chairman de lui renouveler la confiance du Nec, en l’investissant de nouveau comme candidat aux prochaines élections législatives. Bien évidemment, la démarche modérément appréciée, a provoqué une levée de boucliers au sein de la représentation locale du parti de Ni John Fru Ndi. Ses autres camarades intéressés par ce poste électif ont alors estimé que le député se rendait coupable de pratiques déloyales, en voulant forcer la main au parti qui se réservait le droit, le moment venu, d’organiser des primaires à l’effet de sélectionner ses candidats.Des batailles électorales semblables à celle qui vient d’être décrite ont tendance à se multiplier depuis décembre 2011, sans que le calendrier politique de l’année en cours soit précisé, en dehors du cas particulier du SDF qui vient d’annoncer officiellement des primaires en son sein, sans toutefois en donner les modalités pratiques. Aucune des principales formations politiques de l’heure n’y échappe, même si ces joutes sont beaucoup plus médiatisées dans certaines que dans d’autres. Ainsi à l’UNDP, l’on annonce un congrès qui devrait clarifier un certain nombre de choses, relativement à la sélection des candidats du parti aux législatives et municipales qui devraient probablement se tenir en juillet prochain. Ce qui n’empêche pas que les uns et les autres affichent clairement leurs ambitions, notamment dans les régions du nord et de l’extrême-nord. Ici, la principale cible est le RDPC à qui les partisans de Bello Bouba Maïgari voudraient bien arracher quelques mairies et des postes de député.
Guerres larvéesA l’UPC, l’élan unitaire observé les jours qui ont suivi la mort Augustin Frederick Kodock, avec en ligne de mire les élections de 2012, semble avoir pris du plomb dans l’aile, à cause des querelles de succession. A y regarder de près, les héritiers de l’ex secrétaire général (tendance légale) s’étripent non seulement pour le fauteuil resté vacant, mais aussi pour la conquête de la base électorale laissée par le défunt qui malgré tout, bénéficiait encore d’un certain capital de sympathie dans l’opinion, surtout dans son Nyong et Kellé natal. Le calcul est simple : celui qui l’emporte pourrait se présenter auprès de la base comme l’homme neuf attendu par les upécistes depuis la mort du dernier martyr, et se positionner comme un interlocuteur crédible de la majorité la perspective d’une plus grande ouverture du gouvernement à l’opposition après les élections. Il reste maintenant à savoir s’il se trouvera un seul des nombreux protagonistes de cette autre lutte fratricide qui vient de commencer, qui soit encore assez fort pour affronter les vrais adversaires de l’UPC le moment venu, tellement les coups qu’ils se donnent semblent violents et destructeurs pour leur propre camp.Du côté de l’UDC, l’on ne semble pas encore avoir digéré la déculottée de son président à la dernière élection présidentielle. Celle-ci a permis à de nombreux cadres de se rendre à l’évidence que leur leader Adamou Ndam Njoya, incapable de rassembler 3% sur l’ensemble du territoire et plus de 50% dans le Noun, n’est plus aussi populaire qu’il y a quelques années. Du coup, des voies s’élèvent ouvertement pour l’accuser de « tout confisquer dans sa maison », lui-même étant maire de Foumban et son épouse député de la même circonscription. Il ne serait pas surprenant que l’UDC vive une fronde et quelques défections dans les prochaines semaines, si son président ne consent pas à « libérer un des deux postes que détient sa famille », selon un universitaire militant de ce parti à Yaoundé. Les autres « petits partis » ayant présenté des candidats à l’élection présidentielle du 09 octobre 2011 sont aussi engagés dans une campagne électorale précoce. On a en effet vu le CPP de Kah Walla, le Manidem de Abanda Mpkama ou encore l’AFP de Ben Muna essayer de récupérer et même d’instrumentaliser les incidents de Deido à des fins électoralistes, en prenant faits et causes pour les motos taxis et en faisant courir les rumeurs les plus folles sur les mesures prises par les autorités locales pour sortir de la crise.Enfin, le RDPC lui non plus n’est pas épargné Sa présence sur le terrain et sa mobilisation de l’électorat sont permanentes. En son sein, la concurrence perceptible et même encouragée est beaucoup plus saine : des candidatures sont déclarées dans la discipline, l’esprit de camaraderie et le respect des textes du parti ici et là, dans les organes de base en prévision de la campagne de renouvèlement des bureaux des cellules, comités de base, sous-section et sections prévue cette année. C’est le cas dans le Mfoundi VI où Eloi Bounoung a déjà fait connaître son intention de briguer la présidence de la section. Idem dans la section Océan Sud où député et maires sortants ont recommencé à séduire les responsables du parti, en prévision des primaires. Mais la majorité des militants attend que le coup d’envoi soit donné par le président national, pour que chacun fasse connaître ses ambitions.
Longin Cyrille Avomo








